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Petite histoire du blog
La colère
Quand j’ai reçu mon diagnostic d’autisme, au-delà du soulagement de se comprendre enfin mieux, mon premier ressenti a été la colère.
D’abord pour moi-même : Toutes ces années vécues vécues dans la dévalorisation, tant par moi-même que par la société, auraient pu être évitées si j’avais eu les clés. (Ce n’est plus ma pensée aujourd’hui : si j’avais su avant, j’aurais juste été discriminée différemment).
J’étais aussi en colère pour les autres : Dans les aléas de mon parcours diagnostic, j’ai croisé de nombreuses personnes victimes, comme moi, du manque d’accès au diagnostic d’autisme. Ainsi qu’à d’autres diagnostics. En errance face à leur santé mentale, et parfois physique. Parce que ces personnes sont des femmes, des personnes queers, des personnes grosses, racisées, précarisées, éloignées d’une manière ou d’une autre du système de soin.
Trouver des solutions
Je ne sais pas exprimer mon empathie comme la société l’attend. Dire à quelqu’un “je compatis, je te soutiens” n’a rien de naturel pour moi. Pas parce que je m’en fous, juste parce que ce n’est pas mon réflexe. Mon réflexe, c’est le trouvage de solutions. Si j’apprends que quelqu’un ne va pas bien, j’essaye de comprendre pourquoi, et de trouver des pistes qui pourraient peut-être l’aider.
Il n’existe pas de réponse simple à la problématique de l’errance diagnostique. Les maltraitances médicales font partie d’un ensemble bien plus grand : un ensemble fait de discriminations diverses qui relève de l’organisation de nos sociétés.
Je n’ai ni la prétention ni les capacités de m’attaquer à tout ça.
Ce que je peux faire
J’ai d’autres capacités, entre autres la compilation de données, la synthèse et la rédaction. J’ai mis pas mal de temps à comprendre que je pouvais les extraire de leur carcan professionnel pour m’en servir autrement, que je n’étais pas moins légitime qu’un·e autre à produire quelque chose.
La légitimité ne se situe pas dans la perfection, mais dans l’expression. C’est difficile à admettre quand on a souvent été rejetée, mais on a le droit de se chercher, d’évoluer, de se planter, de revenir en arrière, de bricoler un peu pour trouver mieux.
C’est comme ça qu’est né le blog en 2021. Petit à petit, j’y trouve quoi faire de ma colère. A travers des détails du quotidien, les besoins exprimés de mes adelphes autistes, et mes propres réflexions, j’essaye d’écrire ce que je pense être des amorces de solutions.
Rendre ma colère publique m’oblige à la réfléchir, l’organiser. A rendre lisible mon empathie (si peu conventionnelle soit-elle) et mon approche de ce qui pourrait aider d’autres personnes.
Pas dans le but de tout solutionner, mais de rendre certains chemins plus praticables. D’y apporter un peu de lumière, que chacun·e peut choisir d’emmener avec soi, ou pas.
Mon chemin
Aujourd’hui, le résultat de tout ceci me dépasse un peu. Jamais je n’aurais cru que recevoir mon diagnostic d’autisme aurait un effet qui dépasserait mon cercle de proches. J’ai encore du mal à admettre que c’est une réalité, et c’est pourtant mon quotidien. Ma colère est devenue ce blog.
Tout ceci est perfectible, mais c’est mon chemin, et je l’apprécie pour ce qu’il est : les errances d’une autiste dans un monde qui l’a mise en colère.
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