
De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque un traumatisme psychologique ? Cet article propose de définir en termes accessibles les notions et l’histoire qui entourent les troubles post traumatiques. Les troubles anxieux sévères perturbent profondément le quotidien, et peuvent être mal compris ou minimisés par les proches, ou par les victimes elles-mêmes.
CW : agressions, violences, violences sexuelles, conflits armés, accidents graves, suicide, consommation de drogue et d’alcool.
Définition du Trouble de Stress Post Traumatique (TSPT)
Le Trouble de Stress Post Traumatique, souvent désigné comme PTSD (pour l’anglais post traumatic stress disorder) est un trouble acquis au court de la vie, lors de l’exposition à un ou plusieurs évènements violents, menaçant la vie, ou l’intégrité physique ou psychologique, en tant que victime ou témoin.
Le TSPT peut survenir à tout âge, se développer immédiatement après l’évènement ou jusqu’à plusieurs mois après, de manière progressive. Il peut apparaître suite à un évènement public (attentat, conflit armé, catastrophe naturelle…) ou privé (agression sexuelle, viol, menaces de mort, accident domestique grave…) ayant suscité des réactions intenses de peur et d’impuissance.
Le trouble peut durer de quelques mois jusqu’à toute une vie. L’intensité des symptômes peut varier : Les personnes concernées peuvent connaître des périodes de répit ou au contraire, confrontées à d’autres évènements stressants, subir une rechute.
Un événement violent ne mène pas toute personne l’ayant vécu au TSPT : on estime qu’environ 20% des personnes concernées par un évènement développent ce trouble. Les évènements sont vécus de manière subjective, selon l’histoire de vie, les valeurs, les possibles troubles préexistants (…). Un évènement vécu comme traumatisant par une personne peut ne pas l’être pour une autre.
Plus de 70% de la population est confrontée à un ou plusieurs évènements traumatisant au cours de la vie. La prévalence du trouble est variable (présence accrue dans les pays victimes de guerre, par exemple).
Le terme PTSD fait son appariation dans les années 80 (DSM-3*), mais a pu être décrit sous de nombreux autres termes au fil de l’histoire de la psychiatrie, en particulier sous le prisme de la guerre.
CW : mention de nombreux conflits armés, d’emprisonnement, de déportation, de consommation de drogues et d’alcool, de suicide. Passer au chapitre suivant sans lire.
Historique du Trouble de Stress Post Traumatique en psychiatrie
Dans la littérature, on retrouve de nombreuses occurrences au TSPT, dès l’antiquité et tout au long de l’histoire, en particulier dans des récits de guerre.
C’est au fil des conflits que les médecins et psychiatres s’inquiètent des combattants rendus inaptes par les traumas des conflits : il s’agit de les remettre sur pied pour pouvoir les renvoyer au front au plus vite. On trouve ainsi un inventaire des émotions morales provoquées par la Terreur (P. Pinel, médecin, 1808), les blessés nerveux de la guerre de Sécession (S.W. Mitchell, neuropsychiatre) et l’hystérie psychotraumatique (P. Briquet, 1859, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie) qui évoque une hystérie masculine (oui oui, mais ça passe, c’est à cause de la guerre).
C’est aussi l‘apparition du Chemin de Fer qui va attirer l’attention, avec des accidents de travail, puis des accidents de circulation, particulièrement violents. D’abord imputés à des dégâts physiques, sous forme de lésions du cerveau dues au choc (railway brain), les symptômes des rescapés en viennent à être considérés comme une névrose traumatique et un traumatisme psychologique lié à la peur (H. Oppenheim, neurologue, 1888, Die Traumatischen Neurosen).
La Guerre russo-japonaise(1904/05) voit l’apparition du terme névrose de guerre (Honigman, psychiatre, 1907). La première guerre mondiale (1914/18) est l’occasion d’une « épidémie » de ces névroses, et de nombreux psychiatres se penchent sur la question : on parle alors de conversion hystérique menant à des « comportements inadaptés » éloignant les soldats des champs de bataille : surdité, aphasie, paralysie, agressivité…La seconde guerre mondiale (1939/45) est à son tour pourvoyeuse de nombreux traumatismes : d’une part les soldats exposés à la violence de la guerre, et d’autres part les civil·es subissant les combats, l’emprisonnement, et la déportation avec le « syndrome des déportés » ou le syndrome d’hypermnésie émotionnelle paroxystique (R. Targowla, 1957).
L’importance de ces manifestations, et surtout leur nature invalidante, incite l’armée américaine à améliorer les conditions de vie des soldats (plus de repos, meilleure nourriture, plus de contact avec les proches…) sur le front, lors de la Guerre du Vietnam (1955/75). Ces mesures amènent un mieux-être mais s’avèrent insuffisantes, puisqu’elles ne suppriment pas les sources des traumas. Les soldats consomment en masse drogues et alcool et beaucoup sont renvoyés (sans les honneurs) pour inaptitude au combat. Les suicides sont nombreux. On parle alors de syndrome post-Vietnam (C. Shatan, psychiatre, 1972) et des groupes de soutien sont crées pour les vétérans.
En parallèle, le TSPT est également étudié au civil, tout d’abord sous l’angle psychanalytique (dont je me permets de ne pas citer les détails). Le rejet du terme de névrose, d’origine psychanalytique, fait entrer le trouble comme post traumatic stress disorder au DSM-3* en 1980.
Symptômes du Trouble de Stress Post Traumatique
Le TSPT s’articule autour de différents symptômes, présents depuis plus d’un mois, qui peuvent se répartir en quatre groupes.

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►Les symptômes d’intrusion
- Souvenirs, images pénibles, non maîtrisés, de l’évènement
- Cauchemars récurrents lié à l’évènement
- Flash-backs de l’événement
- Sentiment prolongé de détresse face à tout rappel de l’évènement
- Symptômes physiques (sudation, accélération du rythme cardiaque, tension musculaire…) face à tout rappel de l’évènement
►Les symptômes d’évitement
- Interne : Evitement des pensées, émotions, souvenirs en lien avec l’évènement
- Externe : Evitement des conversations, lieux et personnes pouvant rappeler l’évènement
►Les symptômes d’altération cognitive et d’altération de l’humeur
- Incapacité à se souvenir d’éléments importants liés à l’événement (amnésie dissociative)
- Croyances ou attentes négatives persistantes à propos de soi-même, d’autrui ou du monde
- Culpabilisation
- État émotionnel négatif persistant
- Perte d’intérêt pour les activités habituelles, difficultés à envisager l’avenir
- Sentiment de détachement, de devenir étranger aux autres
- Difficulté à ressentir des émotions, en particulier positives
- Irritabilité, accès de colère, agressivité
- Comportement impulsif ou autodestructeur
►Les symptômes d’hypervigilance
- Tendance à être constamment à l’affût du danger
- Fébrilité, réactions de sursaut
- Difficultés de concentration
- Troubles du sommeil
Ces différents symptômes peuvent être accompagnés d’états de déréalisation (détachement et sentiment que l’environnement est irréel) ou de dépersonnalisation (détachement de soi-même, impression d’être un observateur extérieur).
Les personnes concernées par un TSPT n’ont pas forcément la totalité de ces symptômes mais présentent un nombre significatif d’entre eux. L’ensemble entraîne une souffrance marquée et des difficultés importantes dans les sphères sociale, professionnelle, familiale…
Le TSPT peut s’accompagner d’autres troubles anxieux ou de dépression.
Trouble de Stress Post Traumatique complexe (TSPTc)
A la différence du TSPT, le TSPTc n’apparait pas suite à un évènement violent mais touche les personnes exposées à une série d’évènements traumatiques prolongés et répétés. C’est la répartition dans le temps qui permet de qualifier le trouble. Il est particulièrement présent chez les femmes victimes de violences conjugales comme chez les personnes, enfants et adultes, victimes de maltraitances au sein de leur foyer (familial ou institutionnel).
Il peut être source de sentiment d’illégitimité du fait de l’absence d’un évènement clairement identifiable comme source du traumatisme, alors que ses conséquences sont équivalentes au TSPT.
Traumatisme vicariant
Le traumatisme vicariant est lié à l’exposition indirecte à des évènements violents ou à la souffrance des victimes. Il concerne principalement les personnels du secours, du soin ou de la justice. Il découle de situations diverses comme la présence secondaire sur les lieux d’un évènement violent (pompiers, personnel médical…), l’écoute répétée de témoignages de victimes, le visionnage de vidéos, etc. Il peut également concerner des bénévoles, ou les personnes engagées dans une cause difficile.
Il occasionne des symptômes tels que l’épuisement, l’altération de l’estime de soi, l’anxiété, la détresse, le retrait social, l’irritabilité, les troubles du sommeil, la difficulté à prendre des décisions, des comportements compulsifs, et peut mener à la perte de sens et au burn out professionnel ou militant.
Comme de nombreuses autres problématiques de santé mentale, le Trouble Post Traumatique a été étudié par la psychiatrie pour des raisons capitalistes et colonialistes : il s’agissait avant tout de garantir autant que possible qu’il y ait assez d’hommes valides pour faire la guerre, avant de s’intéresser au bien-être des populations, des femmes et des enfants.
On estime aujourd’hui qu’en France, environ 3% de la population souffre de TSPT. Il serait plus présent chez les femmes, notamment à la suite d’agressions sexuelles.
Chez les personnes autistes, la prévalence du TSPT est estimée à jusqu’à 17%, selon les études. Par ailleurs, on observe couramment des refus de diagnostics de TND aux personnes souffrant de TSPT, sous prétexte que les différents symptômes seraient trop complexes à différencier. On en parle bientôt !
Sources
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10251330.texteImage
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Pinel
- https://en.wikipedia.org/wiki/Railway_spine
- https://tps-trauma.org/index.php/historique-de-la-psychotraumatologie/
- https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/DSM_5_Trouble_stress_post-traumatiques.pdf
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Oppenheim
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique
- https://www.slate.fr/story/90817/veterans-vietnam-troubles-post-traumatiques
- https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/09/04/le-stress-post-traumatique-reconnu-pour-des-veterans-du-vietnam_4481443_3222.html
- https://www.veterans.gc.ca/fr/sante-mentale-et-physique/sante-mentale-et-bien-etre/comprendre-la-sante-mentale/mieux-comprendre-la-sante-mentale#Item3-1
- https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/les-troubles-psy/trouble-de-stress-post-traumatique/
* DSM : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), Association américaine de psychiatrie, décrivant et classifiant les troubles mentaux. Le DSM-3 est la troisième édition. La dernière version est le DSM-5.
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