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Emploi et handicap : Le validisme violent de l’Agefiph-SEEPH2021

Décidément, la Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées, c’est l’occasion à ne pas manquer pour tenir des propos hors sol et validistes.

Notre winner du jour, c’est l’Agefiph🥳.

On retrouve donc notre fameuse nana handi en fauteuil, la même ou presque que sur l’affiche Pôle Emploi de la semaine dernière.

Mais cette fois, en vidéo, on va découvrir le modèle de la bonne handicapée, celle qui taffe sans relâche.

Je suis allée faire un tour sur la chaîne YouTube de l’Agefiph : cette vidéo ne fait partie d’aucun lot. La seule représentation du handicap que l’on a est donc le fauteuil roulant.

Entendons-nous bien : je n’ai rien contre le fait de représenter le handicap par une personne en fauteuil. Je trouve au contraire que c’est absolument nécessaire. Par contre, que ce soit la seule représentation disponible, ça invisibilise quand même pas mal de monde. Et ça conforte les gens dans leur représentation : « Le handicap, ça se voit ». Ce qui fout une sacrée merde pour tous les handicaps invisibles.

Décryptons maintenant ces 20 secondes de vidéo.

Voilà le message oral adressé aux personnes handi : « Le progrès c’est moi ». La vidéo commence par une définition du progrès : il faut se renouveler, se réinventer, pour faire avancer la société. Traduction : ce que vous êtes à la base, avouez que c’est pas folichon, vous n’êtes pas vraiment à jour, faudrait penser à se sortir les doigts de là où vous voulez. Parce que sinon, c’est un peu de votre responsabilité si la société n’avance pas.

Mais ça ne s’arrête pas là. Le progrès, c’est aussi « sortir de sa zone de confort ». C’est bien, ça fait très start up nation. Le problème, c’est que ça présuppose une zone de confort.

J’aimerais bien qu’on me montre où est la zone de confort pour personnes handi en France, parce que je ne l’ai pas trouvée. Soit elle est trop petite pour tout le monde, soit elle est super bien cachée.

Il faut en tout cas progresser et en sortir, que vous l’ayez trouvée ou pas. Parce que notre dame en fauteuil, modèle vertueux de l’handi au taf,  elle « vit en dehors de sa zone de confort tous les jours ». 

Il faut réaliser la violence extrême de ce propos. Ce n’est pas qu’elle travaille en dehors de sa zone de confort, c’est qu’elle y vit. Tous les jours. Pas de repos, pas de répit, pas de sécurité. Donc, pas de zone de confort au taf, ni dans sa vie perso. Le message ici, c’est bien que c’est à la personne handi de s’adapter, au détriment de son bien être. C’est ça le progrès, elle le dit en conclusion : « le progrès c’est moi ». C’est celleux qui acceptent de nier leurs besoins pour accepter la charge de faire avancer la société. C’est ce qu’on attend de vous.

Jetons maintenant un œil aux images. Bien évidemment, la personne handi est souriante, dynamique. Elle a un souci de mobilité, mais apparemment ce n’est pas un frein à mener une vie « normale ». La preuve, avec son fauteuil, elle va à la piscine (Si l’agefiph a l’adresse d’une piscine ou ça ne pose aucun souci de circuler en fauteuil en toute sécurité, je suis sûre que ça intéresse du monde).

Enfin, on ne va pas la montrer en train de nager quand même. Non, ce qu’elle fait, c’est mieux : elle coach des nageurs. Wahou.

Ensuite, on a, pêle-mêle, des images WTF : un saut en parachute (jetez vous dans le vide, c’est bien) ; une scène de rééducation à la marche (le handicap se répare ?) ; puis une nana (valide ?) qui sort d’un  lieu (champ, jardin?) avec un panier de légumes frais pour représenter les « nouveaux enjeux » (un peu de greenwashing ne nuit pas), bref qui sort d’un endroit où il est évident qu’en aucun cas on ne peut faire circuler un fauteuil (mais sortez de votre zone de confort) avant de revenir à la vie rêvée de notre handi modèle.

Là on apprend oralement qu’elle est coach en entreprise. Que faisait-elle donc à la piscine quelques secondes auparavant, mystère. On la voit circuler dans un couloir, puis rejoindre des collègues (?). L’image est un peu surprenante, parce que cela se veut sans doute représenter une réunion, un brief, sauf qu’on a visiblement dégagé l’espace pour que le fauteuil circule, et que tous les interlocuteurs sont debout. Faut-il en conclure que les lieux de tournage de ce spot ne sont, à la base, pas adaptés ? Pure conjecture de ma part, mais avouez qu’il n’y aurait rien d’étonnant.

Pour conclure, zoom sur le visage de l’handi modèle qui affirme être le progrès.

A noter, que l’ensemble du texte n’apparaît pas à l’écrit. Sympa pour les personnes malentendantes, parce que lorsqu’on active les sous-titres automatiques, on a à peine le temps de les lire : 20 secondes pour autant de conneries, c’est rapide.

Allez, maintenant que vous savez tout, au boulot les handis.

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